Manifeste, j’ose intituler ce texte, avec tout ce que cela peut avoir de maladroit, de hâtif et de déplacé.
Je suis un, deux, dix poèmes suspendus. Je suis un futur. Je suis éternellement en puissance. Je suis sur toutes les routes que je n’ai jamais prises. Je suis potentialité, pure potentialité. J’ai le souvenir de guerres que je n’ai pas faites. Je suis énergie. Je suis l’encre dans l’encrier. Je bouillonne mais aucune vapeur. Je veux et ne fais pas. Je suis un, deux, dix poèmes suspendus.
Entre la Vie et la Mort, entre l’Etre et le Néant, que choisiras-tu ? Il n’est pas d’autre question valable. Choisis-tu la Vie ? Choisis-tu la Mort ? Mais choisis ! Cours ta course, tu es seul à pouvoir le faire. Choisis, tranche, partage, et alors ne dévie plus. Choisis une fois, choisis deux fois, choisis mille fois. Tu ne peux que recommencer. As-tu choisi ? bien, alors choisis encore et encore. Vas au bout de la logique, au bout de ta route.
J’ai choisi la Vie, j’ai cherché l’Etre, et je cherche l’Etre, et je choisis la Vie. Ne pas dévier, comme la flèche. Non la flèche ne choisit plus, elle suit son destin jusqu’à se ficher dans sa cible. Comme le navire plutôt. Oui, comme le navire qui doit en permanence choisir à nouveau sa route, régler ses voiles, surveiller son gouvernail, s’écarter et choisir, dévier et choisir. La Vie est en face, là, ne la vois tu pas ? La Vie est tout droit. La Mort est à droite, la Mort est à gauche, la Mort est derrière. Choisis, choisis la Vie.
Je veux décrire le Mouvement. Mouvement du corps, Mouvement de l’âme. Si j’ai chanté les sombres mouvements de l’âme, je ne veux ainsi que mieux les circonvenir, les détourner de la mort, et les diriger vers la Vie. L’énergie est là. Mais elle se perd dans de vains soubresauts stériles. Oh, que ne se perde cette énergie ! Qu’elle chante plutôt, oui qu’elle chante la force, la tension et la vie ; qu’elle chante les idéaux, purs jaillissements de l’âme vers l’Etre ; qu’elle chante les coups d’éclat, actions rapides et héroïques. Ne nous trompons pas ! Il y a au moins autant d’héroïsme à accepter son destin, à le prendre à bras le corps résolument pour le faire pleinement sien, devenir soi pour que son destin devienne quelqu’un, qu’il y en a dans les actions spectaculaires, court instant de vie intense qui donne à l’acteur déjà sa récompense.
Je veux chanter la tension, corde invisible de l’arc qui va du Néant à l’Etre, tout juste vibration de l’air, élan, pur élan, qui cherche ce qu’il pressent déjà, sans le connaître. Le Néant ne peut pas connaître l’Etre mais y aspire. Tension, désir, souffle qui appelle, souffle qui inspire. Irrépressible comme la gravité, mais plus violente encore, comme la gravité, mais vers les sommets. Et cet élan ne connaît pas son but, et il s’égare. Souvent. Il connaît tout juste son origine.
Je veux chanter l’exaltation, les fronts fiévreux, les alcools forts, le sang qui bat violemment aux tempes. Sous la lune, je suis cette nuit, passée un éclair. Sur le sol de la forêt, un feu semble projeter sa propre clarté sur le disque céleste. Et je suis ce feu. Les mots fusent et s’entremêlent, comme ces papillons et moustiques, dans la clarté incertaine, percée insolente dans la nuit. Et je suis ces mots. Et l’alcool coule dans les gorges, vert, bleu et rouge et échauffe le sang. Et je suis cet alcool. Et l’enthousiasme monte de la terre même, et monte jusqu’en nos cœurs et nos esprits. C’est l’enthousiasme, nous le croyons, quand ce n’est que l’excitation malsaine de nos chairs et de nos esprits. Et je ne suis pas cet enthousiasme.
Je veux chanter l’Ordre, sa beauté, sa force et sa joie, son harmonie parfaite et sa paix. Je ne recherche que l’apaisement, la paix, l’ordre intérieur et l’ordre extérieur. L’Ordre le plus haut, fertile et bienveillant. Dans la cohérence atteindre enfin à l’harmonie, un état dynamique encore, et fertile comme jamais encore.